Il était une fois… Idrissa Seck !

 

Il est sans doute l’un des plus grands perdants des élections locales du 23 janvier passé. Idrissa Seck, à l’instar des leaders des plus grands partis de la mouvance présidentielle, est mis à minorité dans son fief jusque-là imprenable. Il paie ainsi les frais de son rapprochement avec Macky Sall et devient de plus en plus un acteur politique à conjuguer au passé.

La déroute électorale de la coalition Benno Bokk Yaakaar continue de faire l’objet de commentaires. Entre surprise et déception, les leaders de ladite entité ont vu des vertes et pas mûres lors des joutes dernières. Partout au Sénégal, même dans les localités les plus acquises à la cause du pouvoir, l’opposition a eu de résultats dignes de prouesse. Au-delà de Dakar, Guédiawaye, Ziguinchor, pour ne citer que ces grandes villes, la défaite à Thiès est celle qui questionne le plus. Cela est d’autant plus vrai que la capitale du rail a toujours juré fidélité et amour à Idrissa Seck, leur maire de toujours.

 

La fin d’une hégémonie

Pour prétendre au statut d’acteur politique national, il faut nécessairement une base politique forte au niveau local. Pendant plus de 20 ans, c’est cette popularité locale qui a permis à Idrissa Seck de se hisser au plan national au point de devenir l’un des plus grands acteurs politiques du Sénégal. Devenu maire de Thiès en 2002celui qu’on nomme « Ndaamal Kadior » a fait de sa localité un titre foncier, un royaume où il a régné sans partage. Malgré qu’il ait été combattu de façon flagrante par son mentor Abdoulaye Wade et ses compagnons, avec les accusations d’atteinte à la sûreté de l’Etat et le dossier des chantiers de Thiès, le président du parti Rewmi n’a jamais perdu son influence auprès de ses concitoyens de Thiès. Son séjour carcéral en 2005, la diabolisation à outrance de la machine propagandiste libérale à travers ses médias, ses positions changeantes envers Abdoulaye Wade, rien de tout cela n’aura déteint sur l’amour et l’estime des Thiessois envers leur digne fils.

 

L’aura d’Idrissa Seck dans sa localité de Thiès a été telle que, même sans battre campagne en 2012, il a raflé sa localité pendant l’élection présidentielle. De même, malgré sa perte de vitesse constatée durant le règne de Macky Sall, qui compte des soutiens de taille dans la cité en la personne de Maodo Malick Mbaye, Abdou Mbow, Ciré Dia, entre autres, Idy n’a jamais été mis en difficulté dans son fief. La chute de sa cote de popularité a été surtout constatée au niveau du département pendant les dernières échéances électorales, et non au niveau communal où la population lui a toujours dit oui. Même quand il a abusé de cette confiance aveugle qu’il a bénéficiée auprès de ses administrés en plaçant Thiès dans les mains de Talla Sylla en 2014, pour lui succéder, la population ne s’est pas offusquée contre lui. Pour cause, la relation entre Idy et les Thiessois était tellement idyllique que tout ce que ce dernier pouvait faire était soutenu sans réserves.

 

Le « mburu ak soow », une erreur monumentale

La décision d’Idrissa Seck de rejoindre la mouvance présidentielle a été une erreur politique monumentale, sa pire d’ailleurs depuis qu’il est entré en politique. Aujourd’hui, le président de Rewmi n’est plus le monstre politique qu’il était; il est devenu comme l’ombre de son propre passé. Son avenir se conjugue désormais au passé vu la masse critique qui lui a tourné le dos après sa nomination à la tête du Conseil économique social et environnemental (Cese). En effet, beaucoup de militants, et pas des moindres, ont dû prendre leurs distances avec la formation politique de l’ex Premier ministre de Wade dont ils n’arrivaient plus à correctement décrypter les choix.

 

Pourtant, malgré la percée de Sonko dans le landerneau politique, Idy avait réussi à garder inviolable son sanctuaire de Thiès lors de l’élection présidentielle de 2019. En moins de 3 ans, l’homme se retrouve dans une situation renversante, qu’aucun analyste politique n’aurait pu prévoir avant sa jonction avec Macky Sall. Il est donc clair que ce choix de rejoindre le Bennoo Bokk Yaakaar n’a pas été très lucide, et de ce point de vue, la déroute constatée actuellement à Thiès n’est qu’une suite logique des évènements. Alors qu’il s’était targué de former plus de 80% de l’électorat avec Macky Sall, Idy a aujourd’hui la surprise de sa vie en perdant dans sa propre localité. Il se déleste ainsi de sa base qui lui a été d’un apport capital pendant sa traversée du désert et qu’il pensait offrir à Macky Sall en échange de privilèges et de titres.

Malheureusement pour lui, son choix a tout l’air d’un pari perdu. Et au vu de la configuration actuelle du champ politique, il n’est pas exagéré d’annoncer la mort politique de l’actuel président du Cese. Il y a de ces chutes dont on ne se relève jamais, et celle d’Idrissa Seck à Thiès lors des élections locales en font partie. Il a beau être un phœnix politique, Idy est désormais à conjuguer au passé.

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