“Avoir fait des enfants est ma plus grosse erreur” : Une centaine de femmes répondent à l’appel du journal “Le Monde” pour un dossier sur “le regret maternel”.

 

Quand ses enfants lui réclament un câlin, Laura leur en fait. Pas parce que cela lui fait « plaisir » mais parce qu’ils « en ont besoin ». Depuis qu’elle est mère, la jeune femme de 33 ans ne se « reconnaît pas ». Au point, dit-elle, d’avoir « développé une sorte d’alter ego ». Chaque jour, Laura revêt son costume de mère et s’occupe de ses enfants « mécaniquement, en feignant l’enthousiasme », n’éprouvant « aucune joie » à participer à des activités avec eux. Enfermée dans ce rôle qui lui est insupportable, elle « compte les minutes jusqu’à ce que [s]es enfants soient au lit ». La fin d’un tunnel, dans lequel elle s’engagera de nouveau inéluctablement le lendemain matin, perdue au milieu d’un « no man’s land émotionnel ».

 

Laura, qui aime ses deux enfants, âgés de 2 et 4 ans, regrette pourtant d’être mère. Comme des dizaines d’autres femmes – une centaine au total – qui ont répondu à notre appel à témoignages diffusé sur Le Monde.fr, cette chef de projet dans le marketing ferait le choix de ne pas avoir d’enfant si elle pouvait revenir en arrière. Toutes racontent avoir découvert la maternité comme on ouvre la boîte de Pandore : une succession d’obligations et de devoirs auxquels elles doivent faire face malgré elles, où l’amour, bien présent, ne suffit pas à compenser la perte d’insouciance et de liberté ressentie. Beaucoup disent se sentir « prises au piège »« prisonnières » d’un statut auquel elles ne peuvent échapper.

 

Car, constate Aradia (le prénom a été changé), 43 ans, que son adolescent de 15 ans soit là ou pas, il est toujours présent « dans [s]a tête » « on peut tout oublier : les soucis, le boulot, mais pas le fait d’être mère, cela fait partie de vous. Etre mère, c’est s’aliéner à vie. » Elle, qui ne s’est jamais imaginée sans enfant et se considère comme une « mère poule », explique que ce sentiment est né avec l’arrivée de son fils, dont elle a été enceinte plus vite qu’elle ne l’imaginait : « Je me suis tout de suite dit que je me mettais un boulet supplémentaire au pied. » Le « boulet », ce n’est pas son fils, dont elle est « si fière » et qu’elle « aime plus que tout », mais ce nouveau statut de mère.

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