Bolloré Africa Logistics, leader de l’activité portuaire en Afrique, est à vendre pour plus de 5 milliards d’euros.

Des négociations exclusives avec le groupe MSC sont en cours. Bolloré abandonne une présence historique sur le continent africain. L’activité africaine du groupe Bolloré remonte à 1986, lorsque le chef d’entreprise breton rachète la Société commerciale d’affrètement et de combustible (SCAC), une société spécialisée dans le transit entre la France et l’Afrique. « Les activités du groupe composent un dispositif centré sur les ports. Ces activités s’étendent de la manutention sur les terminaux portuaires jusqu’à l’exploitation ferroviaire en passant par la gestion de terminaux intérieurs »explique Jean Debrie professeur à l’université Paris-1.

La « conteneurisation » du commerce mondial va toucher l’Afrique et démultiplier l’activité des compagnies spécialisées. En 1992, il n’y a que deux ports en Afrique à dépasser un volume de 250 000 conteneurs. Aujourd’hui ils sont 28 !

Un leader omniprésent

Dans ce contexte, Bolloré Africa Logistics, marque créée en 2008 afin de regrouper sous une même enseigne toutes les acquisitions du groupe, ne se cantonne pas à l’activité portuaire. « Bolloré Africa Logistics prend en charge toutes les démarches administratives et douanières en amont et en aval du transport, à l’import comme à l’export, et assure l’acheminement des marchandises jusqu’à leur destination finale », explique le site internet de la compagnie.

Elle assure être leader du transport et de la logistique en Afrique, avec un réseau de 250 filiales et 21 000 collaborateurs répartis dans 49 pays dont 47 sur le continent africain. Si la compagnie possède des bureaux dans 42 ports d’Afrique, elle gère aussi l’activité de 16 terminaux à conteneurs, 7 terminaux rouliers, 2 terminaux à bois et un terminal fluvial.

Le groupe opère également trois concessions ferroviaires : Sitarail qui gère 1 200 kilomètres de voies ferrées entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso et transporte annuellement 200 000 voyageurs et 800 000 tonnes de fret, Camrail au Cameroun pour 1 000 kilmètres de voies, 1,6 million de voyageurs et 1,8 million de tonnes de fret et enfin Benirail au Bénin et Niger où le groupe a même construit une ligne de 140 kilomètres.

Un joyau mis en vente

Le 20 décembre dernier, le groupe Bolloré confirmait l’ouverture de négociations exclusives avec MSC, compagnie maritime italo-suisse connue notamment pour ses achats réguliers de paquebots aux Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire, afin de lui céder Bolloré Africa Logistics.

Le prix de vente est estimé entre 5 et 6 milliards d’euros, ce qui valoriserait les actifs de 2 à 3 milliards d’euros. Car Bolloré Africa Logistics n’est pas un canard boîteux, et l’annonce de sa vente a fait l’effet d’une bombe dans les médias. Le groupe se séparerait ainsi d’un « petit empire au sein du grand empire », une juteuse machine à cash.

Pourquoi vendre ?

La question des raisons de cette vente hante désormais les médias. Vincent Bolloré a annoncé prendre sa retraite le 17 février 2022 et passer les commandes à son fils Cyrille. Est-ce l’ultime coup stratégique d’un homme très pragmatique en affaire ? Bolloré n’a jamais hésité à se séparer de certaines de ses activités pour financer l’extension du groupe. Or, actuellement, il va bien falloir financer la reprise du groupe Lagardère prévue par une OPA déposée d’ici… février 2022 !

Et le contexte n’a jamais été aussi favorable à la vente. L’économie mondiale est en surchauffe et jamais le fret n’a été aussi cher à transporter. Les grandes compagnies de transport maritime, dont MSC, cherchent à développer un modèle économique vertical intégrant le bateau, le port et l’hinterland, ce que justement Bolloré Africa Logistics possède.

Certains disent aussi que Bolloré a été quelque peu échaudé par ses démêlés judiciaires sur fond de corruption. Malgré une procédure de plaider-coupable dans les dossiers de Guinée et du Togo, la justice suit son cours et l’amende de 375 000 euros pourrait s’alourdir.

Une transaction en tout cas très suivie à l’Elysée, selon certains observateurs. Il est vrai que le départ de Bolloré marquerait un recul certain de l’influence française en Afrique.

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