Le démantèlement d’un important réseau de drogue à Rouen, assurant un approvisionnement de près de 80% de la cité normande, a rappelé le dynamisme de cette industrie malgré la crise du Covid-19.

L’industrie de la drogue représente une véritable multinationale planétaire, où le transport joue un rôle clé. Dans le jeu du chat et de la souris que se livrent les trafiquants avec les douaniers, le moyen de transport représente un point névralgique où frapper.

Face aux enjeux financiers et à l’amélioration constante des techniques de saisie des douanes, les trafiquants redoublent d’ingéniosité pour passer toujours plus de marchandises en limitant les risques qu’elles soient interceptées et de capture de passeurs. Les services des douanes doivent donc être prêts à constamment se remettre en cause pour s’adapter à une menace toujours en évolution.

Un trafic qui ne connaît pas la crise

L’achat de drogues, évalué à 4 milliards d’euros par an en France, a doublé en 10 ans. Si le Covid-19 a fortement influé sur le trafic en 2020, les quantités de drogue transportées semblent être revenues à la normale.

« Les saisies  depuis le début de l’année sont trois fois supérieures à celles qui ont été faites en 2020. Nous avons saisi à ce stade 2,3 tonnes de cocaïne et 4,2 tonnes de cannabis. »

Ronan Boillot, directeur national des garde-côtes des douanes

Par définition, le trafic de drogue est difficile à quantifier. Un des moyens de connaître l’efficacité des actions de saisies est d’observer l’évolution de son prix à la revente. S’il augmente, c’est que les quantités de drogues sur le marché ont sensiblement diminué, et donc que les actions de saisie ont été efficaces. Or, selon Gilbert Berltran, directeur régional des douanes de Dunkerque, le prix de revente de drogue est stable ces dernières années. En effet, les voies d’entrée sur le territoire sont multiples, et les douaniers ne peuvent contrôler que 1% des conteneurs entrant sur le territoire français.

Des moyens toujours plus audacieux pour son transport

Face à l’amélioration des techniques de contrôle des conteneurs, et à une meilleure connaissance des processus de trafic de la part des douaniers, les trafiquants se sont lancés dans une course à l’innovation. Tout d’abord, ils ont consolidé les moyens traditionnels. On assiste par exemple à des cachettes plus perfectionnées sur les bateaux, ou encore à une atomisation du transport via les mules.

Pour les produits à très forte valeur par rapport à leur poids, comme la cocaïne ou l’héroïne, le prix du véhicule devient secondaire. C’est ainsi qu’on a vu émerger des bateaux rapides, les go-fast, voire des avions, permettant de transporter de la drogue rapidement, avant l’interception des douaniers. Une fois à destination, le bateau ou l’avion est en général détruit pour éviter de laisser des indices.

Mais face aux améliorations des moyens de détection des douanes comme des marines militaires européennes, les trafiquants ont continué leur course à l’innovation. Ainsi, sont apparus des semi-submersibles, pouvant s’immerger jusqu’à un mètre, partant d’Amérique du Sud pour rejoindre les côtes espagnoles. Un de ces sous-marins a été capturé au large de l’Espagne avec, à son bord, une cargaison de cocaïne d’une valeur de 100 millions d’euros.

Mais avec la démocratisation des drones à bas coût, plus difficiles à identifier par les radars, on peut s’attendre à leur diffusion dans le transport de drogue sur de courtes distances. “L’intérêt majeur du drone, c’est qu’en cas d’interception, il n’y a aucun facteur humain en mesure de donner des informations sur l’organisation trafiquante », souligne David Weinberger, sociologue, co-directeur de l’Observatoire des criminalités internationales de l’IRIS.

Les narco-drones sont déjà utilisés entre le Mexique et les États-Unis et devraient remplacer les avions légers, notamment entre le Maroc et l’Espagne. Ainsi, un drone d’une envergure de 4,3 mètres et d’une autonomie de vol de 7 heures a été intercepté en juillet 2021.

Le jeu du chat et de la souris

Pour répondre à ce défi, la douane française, notamment, ne cesse de s’améliorer. Elle s’appuie déjà sur 7 avions et 7 hélicoptères, ainsi que plus d’une trentaine de bateaux, pour permettre l’interception et le contrôle des navires suspects. Pour les repérer, la douane se base à la fois sur son expérience et son instinct, mais aussi sur l’intelligence artificielle pour identifier les trajectoires suspectes.

Une fois à terre, de nombreux moyens sont encore disponibles pour contrôler les conteneurs, vecteur principal de l’entrée de drogue en France. Quand un conteneur est identifié comme suspect, la douane peut le contrôler grâce à un scanner capable de vérifier un camion complet, voire un train en marche.

Vers une meilleure territorialisation du marché de la drogue ?

L’industrie de la drogue voit émerger des drogues de synthèse, créées directement dans des laboratoires, donc indépendantes des terres agricoles. L’évolution rapide du marché amène la douane à se recentrer sur de nouveaux axes. En Europe, les Pays-Bas constituent un grand pôle de production de drogue de synthèse, imposant donc de surveiller d’autant plus le transport terrestre. En outre, un nouveau flux à contrôler maintenant est celui de l’achat de matières premières chimiques venant de Chine, parfaitement légales, mais dont la finalité est détournée pour fabriquer des drogues de synthèse.

Dans le grand marché de la drogue, les douaniers se sont lancés dans une course poursuite éternelle, face à un marché en constante évolution et à des trafiquants toujours plus imaginatifs. Mais ils peuvent compter sur leur flair et leur expérience et ça, même le meilleur des robots n’en est pas encore capable !

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