Les sciences changent la vie des Africaines

Présentation de notre série à la rencontre de ces femmes scientifiques et entrepreneures, espoir de développement du continent.

Il y a déjà de belles histoires, des réussites qui font bouger les lignes. De Tanger à Johannesburg, des femmes universitaires savent exploiter leurs résultats scientifiques pour créer des entreprises à forte valeur ajoutée et mettre un pied dans le monde encore très masculin des affaires. Mais elles restent encore des exceptions sur une route qui n’a rien de linéaire.

Choisir le monde des sciences ou des techniques, s’affranchir des normes sociales tenaces qui font plus volontiers d’elles des mères au foyer que des cheffes d’entreprises, mener à terme des études longues, et trouver du financement : un parcours de battante où les raisons de lâcher prise se succèdent.

D’abord, il faut franchir l’écrémage vers l’enseignement secondaire, dont les filles sont plus souvent exclues que les garçons. Sur le continent, le taux d’alphabétisation des garçons reste en moyenne 1,3 fois plus élevé que celui des filles. Par ailleurs, les hommes seront plus à même de suivre un enseignement secondaire et plus encore post-bac et d’opter pour des études scientifiques globalement peu choisies sur le continent africain. Au Sénégal, par exemple, 80 % des étudiants choisissent les sciences humaines, et la statistique se répète dans d’autres pays subsahariens, aggravée encore par le fait que les garçons sont plus naturellement poussés vers ces études que les filles.

Une perte de chance d’autant plus préjudiciable pour les filles qu’elles ont de l’audace et qu’une montée en compétences techniques et scientifiques leur ouvrirait un champ nouveau plein de promesses et de possibles pour répondre aux besoins quotidiens des populations de ce continent en pleine mutation. Car, quelle que soit la formation initiale que choisissent les femmes, l’Afrique reste le continent de l’entreprenariat féminin par excellence : un quart d’entre elles y sont patronnes alors que dans les pays de l’OCDE ce taux tombe à 7 %.

Entrepreneuriat de survie

Les Africaines s’inventent un entrepreneuriat de survie, souvent pour nourrir leurs enfants. Avec 39,6 %, la bande subsaharienne compte le pourcentage le plus élevé de femmes entrepreneures à l’échelle mondiale. Sur ces terres où le salariat est l’exception et non la norme, elles inventent un business à leur portée, qui apporte une solution aux lacunes de l’offre locale. Il serait plus exact de dire qu’elles tentent de le faire car leur parcours ne se termine pas forcément avec la maturation de leur idée de business… Car il faut ensuite trouver les fonds pour se lancer.

Selon Daniel Halim, économiste chargé des inégalités de genre à la Banque mondiale, les femmes entrepreneures sont confrontées à un déficit de financement de 1 500 milliards de dollars sur la planète, une faille qui touche en premier lieu l’Afrique.

Là encore, des habitus séculaires rendent plus difficile l’octroi d’un prêt à une femme qu’à un homme, pratique d’autant plus dommageable qu’une affaire affiche en moyenne 34 % de rendement supérieur lorsqu’elle est dirigée par une femme, selon une étude du cabinet Roland Berger parue en mars 2020.

L’addition de ces facteurs explique que, malgré l’explosion sur le continent des start-up dans le domaine des nouvelles technologies, seulement 27 % des femmes entrepreneures africaines exercent un métier lié à la technologie ou aux sciences. Il y a pourtant là une véritable solution pour relever les challenges quotidiens de l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation ou à la santé auxquels elles sont chaque jour confrontées.

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