Liban: des dizaines de morts dans l’explosion d’un camion-citerne

Un camion-citerne a explosé dans le village de Tleil, au Akkar, dans la nuit du dimanche 15 août 2021. La Croix-Rouge libanaise parle d’au moins 28 morts, de dizaines de blessés -dont certaines très grièvement- et de six personnes portées disparues. Un bilan encore provisoire.

Les informations préliminaires privilégient la piste de l’accident mais ce la ne calme pas la colère des habitants de la localité de Tleil, qui ont attaqué et incendié le domicile du propriétaire du terrain où était entreposée la citerne d’essence, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh.

L’armée a arrêté un de ses fils, qui, selon certaines rumeurs, aurait tiré des coups de feu en direction de la foule qui réquisitionnait l’essence, provoquant l’explosion. La famille Rocheid se défend toutefois de ces accusations, assurant que le terrain était loué à une autre famille Ibrahim et qu’elle n’était pas au courant, par conséquent, de ce qui y était entreposé. Les deux familles s’accusent mutuellement de la responsabilité du drame.

Cette nouvelle tragédie a provoqué un vif émoi chez la population libanaise déjà très éprouvée par les pénuries, la crise économique et l’absence de perspectives d’amélioration en raison du blocage politique qui empêche la formation d’un gouvernement.

D’autant que les témoignages et premières images du drame sont effrayants. La Croix-Rouge parle de corps si carbonisés qu’il est impossible de les identifier. Des dizaines de personnes atteintes de graves brûlures ont dû être évacuées vers le seul hôpital de la région traitant les grands brûlés, dans la ville de Tripoli, à 25 kilomètres.

Les politiciens n’ont pas attendu la fin de l’enquête. Sur son compte officiel Twitter, l’ancien Premier ministre Saad Hariri a comparé l’explosion de la citerne à celle qui a ravagé le port de Beyrouth il y a un an, tuant plus de 200 personnes. « Le massacre d’Akkar n’est pas différent du massacre du port », écrit-il. Il a accusé les responsables de négligence et appelé le président Michel Aoun à démissionner.

De catastrophe en catastrophe, le cauchemar libanais

Cette tragédie se produit dans le contexte inédit de pénurie qui paralyse le pays. Les pannes d’électricité culminent jusqu’à 22 heures par jour et de nombreux commerces ont dû fermer faute de carburant pour alimenter les générateurs privés qui normalement prennent le relais.

Cette semaine, alors que des files d’attente interminables se sont formées devant les stations-service, le gouvernement a annoncé la fin des subventions sur le carburant et l’armée a été mobilisée pour forcer les stations à en distribuer. Des incidents ont éclaté un peu partout ; des routes ont été coupées et des manifestations de colère ont eu lieu.

À la veille du drame, samedi 14 août, l’American University of Beirut Medical Center, soit l’un des principaux hôpitaux privés du Liban, avait prévenu qu’un désastre imminent menaçait le pays. Faute de carburant dans les 48 heures, avait-il assuré, quelque « 40 malades adultes et 15 enfants sous respirateurs mourront immédiatement ».

Le plus grave, c’est qu’il n’y aucune éclaircie en perspective. Au contraire, la pénurie s’est aggravée ces dernières 24 heures, malgré le déploiement de l’armée libanaise et des forces de sécurité dans presque toutes les stations-service du pays.

Les militaires ont procédé à l’inspection des réservoirs, puis ont réquisitionné et verbalisé ceux qui stockaient les carburants pour les revendre cinq fois plus cher après la levée des subventions des carburants annoncée par la Banque du Liban (BDL).

La pire crise au monde depuis plus d’un siècle et demi

C’est la pénurie de mazout qui affecte le plus le pays. Des boulangeries ont stoppé leurs unités de production provoquant une pénurie de pain. Des restaurants ont mis la clé sous la porte ; des centres commerciaux ont baissé leurs rideaux ; des hôpitaux ont fermé des départements entiers. Les dirigeants se rejettent les responsabilités.

Depuis l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, le Liban traverse l’une des pires crises économiques au monde depuis 1850, selon la Banque mondiale. Les réserves de la Banque Liban ont fondu tandis que la monnaie nationale, la livre libanaise, a perdu plus de 90 % de sa valeur face au dollar, rendant les coûts d’importation plus onéreux. Le billet vert américain s’échange aujourd’hui sur le marché noir à plus de 20 000 livres, contre un taux officiel toujours maintenu à 1 507 livres…

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